Chanvre : Histoire & Avenir

En bref

  • La culture du chanvre en France est millénaire et a connu un âge d’or stratégique.
  • Après un long déclin, la filière française se relance, devenant le premier producteur européen.
  • La législation autorise la culture de variétés avec moins de 0,3% de THC depuis l’arrêté de fin 2021.
  • Le chanvre français est valorisé pour ses fibres (bâtiment, textile) et ses graines (alimentation, cosmétiques).

L’histoire du chanvre, tu le sais sûrement, c’est un peu celle de l’humanité. Mais la culture du chanvre en France, elle a son propre roman, avec des périodes de gloire, des moments d’oubli, et un renouveau qui est en train de s’écrire sous nos yeux. Loin des clichés, c’est une plante aux multiples facettes qui, depuis des millénaires, accompagne nos sociétés. Aujourd’hui, on revient vers elle, non pas par nostalgie, mais par une prise de conscience des enjeux environnementaux et économiques. Que tu t’intéresses au CBD ou simplement aux alternatives durables, comprendre d’où vient le chanvre français et où il va, c’est essentiel.

Une histoire ancienne et française

Le chanvre, ou Cannabis Sativa, n’est pas une nouveauté. On le cultive depuis 8 000 ans avant J.-C., d’abord en Chine, puis partout dans le monde. En France, la tradition de la culture du chanvre est profondément ancrée. Les premières traces sur le territoire français remontent au IIIème siècle avant J.-C., avec des découvertes archéologiques dans le Sud-Ouest, autour de Marseille et dans la vallée du Rhône. Nos ancêtres les Gaulois cultivaient et utilisaient déjà le chanvre bien avant la romanisation de la Gaule.
Le Moyen Âge marque un véritable âge d’or pour le chanvre en France. Charlemagne lui-même en a encouragé la culture dès le IXème siècle, car c’était une denrée stratégique synonyme de prospérité pour l’empire carolingien. Tu imagines le chanvre comme une matière première stratégique ? Eh bien, c’était le cas. Ses fibres servaient à fabriquer les cordages, les voiles, et même les vêtements. Un navire de l’époque pouvait engloutir des dizaines de tonnes de chanvre par an. On payait même les impôts en chanvre, c’est dire son importance.
C’est aussi grâce au chanvre que l’Europe a découvert le papier, une invention chinoise qui a transité via les invasions arabes au XIIème siècle. La première Bible imprimée par Gutenberg en 1450 était sur papier de chanvre. En France, la Corderie Royale de Rochefort, créée par Colbert sous Louis XIV, produisait des cordages géants pour la marine, parfois de plus de 200 mètres de long. La Canebière à Marseille, cette avenue célèbre, tient son nom du provençal “Canebe”, qui signifie chanvre. Marseille était alors un comptoir mondial du chanvre. Au XIXème siècle, la production française atteignait son apogée avec près de 170 000 hectares cultivés. On était loin d’imaginer le coup d’arrêt qui allait suivre.

Le déclin et l’interdiction, pourquoi ?

Mais l’histoire est rarement un long fleuve tranquille. Au XIXème siècle, la culture du chanvre en France, comme ailleurs, a pris un sacré coup. L’industrialisation a ramené de nouvelles matières premières. Le coton, notamment, cultivé à grande échelle dans les colonies et importé massivement, a presque entièrement remplacé le chanvre dans le textile. Puis, les bateaux à vapeur ont rendu les voiles et les cordages obsolètes. Pour le papier, une nouvelle technique à base de cellulose et de pâte de bois, moins chère, a supplanté le chanvre. Sans oublier le nylon, inventé aux États-Unis, qui a achevé de déclasser les fibres naturelles.
Le vrai coup de massue, celui qui a fait passer le chanvre de plante stratégique à plante maudite, est lié à la perception du cannabis. L’usage récréatif du cannabis riche en THC s’est répandu et, suite à la Conférence internationale sur l’opium de 1911-1912 à La Haye, les gouvernements ont commencé à interdire ces substances. Le problème, c’est que dans la précipitation, on n’a pas fait la distinction entre le cannabis “récréatif” et le chanvre industriel, celui qui ne contient que des traces de THC.
Aux États-Unis, le “Marijuana Tax Act” de 1937, combiné à une campagne médiatique de diabolisation, a achevé de stigmatiser la plante. Pourtant, en France, quelques acteurs comme l’INRA et la FNPC ont continué discrètement leurs travaux, développant des variétés à très faible teneur en THC dans les années 60, dont la célèbre variété Fedora 17. Ces pionniers ont posé les bases du renouveau actuel en maintenant vivant un savoir-faire qui aurait pu disparaître. À son point bas, en 1960, il ne restait plus que 700 hectares de chanvre cultivés en France.

Le renouveau du chanvre en France : législation et usages

Aujourd’hui, la culture du chanvre en France est loin d’être anecdotique. On est le premier producteur européen, représentant environ la moitié de la production du continent, et l’un des leaders mondiaux. En 2022, la France cultivait près de 20 000 hectares de chanvre, un chiffre en constante augmentation depuis les années 1970, quand la filière a commencé à se restructurer autour des marchés papetiers, notamment dans l’Aube et la Champagne-Ardenne. Un retour en grâce motivé par les enjeux environnementaux et la recherche de matériaux et produits plus sains.
La filière française s’est d’abord structurée autour de l’utilisation de la fibre et de la chènevotte (la partie centrale de la tige), notamment pour la construction écologique, l’isolation, le paillage agricole ou les litières animales. Si tu veux en savoir plus sur les fibres, tu peux jeter un œil aux textiles en chanvre.
La législation a joué un rôle clé dans ce renouveau. En France, la culture est réglementée. Tu peux cultiver du chanvre industriel uniquement si tu utilises des variétés inscrites au catalogue européen et que leur taux de THC ne dépasse pas 0,3%. L’arrêté du 30 décembre 2021 a rehaussé ce seuil depuis 0,2%, alignant la France sur les pratiques européennes. Un signal fort envoyé aux agriculteurs et à la filière.
Mais ce n’est pas tout. L’huile de chanvre, extraite des graines, est de plus en plus présente dans nos assiettes et nos salles de bain. Riche en oméga-3 et oméga-6, elle a des applications alimentaires et cosmétiques reconnues. Les graines décortiquées aussi, que tu peux ajouter à tes salades ou smoothies. Si tu es curieux de savoir comment l’intégrer, il y a de bonnes idées pour le chanvre en alimentation.
En plus de ça, le chanvre est une plante championne de l’écologie : elle pousse sans pesticides ni engrais, consomme très peu d’eau, et elle est même capable de dépolluer les sols en absorbant les métaux lourds et d’emprisonner de grandes quantités de CO2. La filière est par ailleurs entièrement maîtrisée en France, de la sélection variétale à la transformation, avec un process mécanique sans chimie. Ce sont des arguments solides dans un monde qui cherche des solutions durables.
Et puis, on ne peut pas ignorer l’essor du CBD (cannabidiol) qui a ouvert de nouvelles perspectives pour les cultivateurs. Les recherches sur les cannabinoïdes, terpènes et flavonoïdes, montrent que le chanvre contient plus de 200 principes actifs dont les effets sur la santé humaine intéressent de plus en plus la science. C’est un domaine en pleine effervescence.

Conclusion

La culture du chanvre en France a traversé des époques, des interdits, et se positionne aujourd’hui comme une filière d’avenir. C’est un héritage qui renaît, adapté aux défis actuels. De la fibre pour le bâtiment aux graines pour nos assiettes, en passant par le CBD qui continue de faire parler de lui, le chanvre démontre sa polyvalence. Avec une législation claire, une filière 100% française et une prise de conscience environnementale qui ne fait que grandir, la France est bien partie pour écrire un nouveau chapitre de son histoire avec cette plante aux mille atouts. De 700 hectares au creux de la vague à 20 000 aujourd’hui, le roman du chanvre français n’est clairement pas terminé.

Questions fréquentes

Quelle est la limite légale de THC pour la culture du chanvre en France ?

Depuis l’arrêté du 30 décembre 2021, les variétés de chanvre autorisées à la culture en France doivent avoir une teneur en THC inférieure à 0,3%. C’est une valeur alignée sur la plupart des pays européens, rehaussée depuis l’ancien seuil de 0,2%.

Quels sont les principaux usages du chanvre industriel cultivé en France ?

Le chanvre français est principalement utilisé pour ses fibres et sa chènevotte dans le bâtiment (isolation, éco-construction, béton de chanvre), le paillage horticole et les litières animales. Ses graines sont aussi valorisées pour l’huile alimentaire et cosmétique, et le marché du CBD a ouvert de nouvelles perspectives économiques pour la filière.

Est-il possible de cultiver du chanvre chez soi en France ?

Non, la culture du chanvre en France est réservée aux agriculteurs déclarés et ne peut être réalisée qu’avec des variétés spécifiques autorisées par l’État, dont le taux de THC est inférieur à 0,3%. Cultiver du chanvre chez toi est illégal, même si les taux de THC sont faibles.

Pourquoi le chanvre a-t-il failli disparaître en France ?

Le déclin est lié à plusieurs facteurs : l’arrivée du coton importé des colonies, les bateaux à vapeur qui ont rendu voiles et cordages obsolètes, les fibres synthétiques comme le nylon, et surtout la stigmatisation du cannabis à des fins récréatives qui a conduit à des législations restrictives confondant chanvre industriel et cannabis psychotrope. En 1960, il ne restait plus que 700 hectares cultivés en France.

Comment la France est-elle redevenue un leader du chanvre ?

Grâce au travail de pionniers comme la FNPC et l’INRA qui ont maintenu la recherche variétale dans les années 60-70, au soutien de la CEE à partir de 1971, et à la prise de conscience environnementale des années 90. La France est aujourd’hui le premier producteur européen de chanvre, représentant environ la moitié de la production continentale, avec une filière entièrement maîtrisée de la semence à la transformation.

Sources :

  • Arrêté du 30 décembre 2021 portant application de l’article R. 5132-86 du code de la santé publique (Légifrance)
  • Fédération Nationale des Producteurs de Chanvre (FNPC)
  • Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE)
  • Plan Filière de l’interprofession du chanvre, Ministère de l’Agriculture

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